Kot Citoyen

De l’autre côté des barreaux, un monde à repenser

Et si les prisons arrêtaient d’être criminogènes ? Et si les dirigeants de Daesh avaient été dans une prison « réhabilitante » socialement au lieu d’y fonder leur premier groupuscule terroriste ? Et si Coulibaly avait, lors de ses nombreux passages en cellule, été suffisamment accompagné pour qu’il y ait eu un « déclic » qui le convainque de ne pas participer aux attentats de Paris ?

 

Je vous entends déjà : « En Belgique, on est safe… ». Effectivement, il y a de récentes améliorations. L’énorme centre pénitentiaire (1190 places, presque 1/10e de la population carcérale belge) de Haren est en cours de construction, ce qui diminuera la surpopulation carcérale. Il faut également apprécier le fait que la collaboration avec la prison de Tilburg (Pays-Bas), qui coutait la modique somme de 35 millions d’euros par an, ait pris fin en 2017. Félicitons-nous aussi de l’émergence de peines alternatives (probation autonome, peine de travail,…) qui ont, notamment, permis une stabilisation du nombre de détenus en Belgique – enfin ! – depuis 2012.

 

« Tout va bien… ». Vraiment ? 

 

Même si on manque de données sur le sujet (par peur de trop mauvais résultats ?), des chiffres datant de 2012 semblent montrer que 48,2% des personnes sortant de prison récidivent. Vous lisez bien : une personne sur deux commet une infraction après être sorti de sa geôle, et pour la plupart d’entre eux, la récidive a lieu dans les deux premières années après la libération. Différents témoignages concordent également pour dire que, dans certaines prisons belges, on permet aux prisonniers de fumer de la drogue à longueur de journée parce que « ça les calme ».

 

On continue ?

 

Du haut de ses 261 pages, la notice de l’Observatoire International des Prisons de 2016, commence par rappeler son constat alarmant sur la surpopulation des prisons : 10% de surpopulation carcérale en moyenne, mais plus de 25% dans 11 prisons.  Elle indique également que la Belgique, depuis 30 ans, a augmenté son parc carcéral de 30% tandis que nous emprisonnons 90% de personnes en plus sans que rien ne prouve que le nombre d’infractions ait augmenté. Contrairement à une idée répandue, la tendance en Belgique n’est donc pas au laxisme : on emprisonne plus, et pour plus longtemps. En outre, différents criminologues s’accordent pour défendre l’idée que tout agrandissement de parc carcéral incite les juges à recourir à l’emprisonnement.

 

Ne nous réjouissons donc pas trop vite. Il reste bien des combats à mener, du personnel à embaucher, des moyens à dégager, des politiques d’emprisonnement à infléchir, des systèmes carcéraux « réhabilitants » à inventer, de futurs terroristes à ramener sur le droit chemin et un monde à repenser.

Comment faire ? J’ai quelques idées. Et vous ? Soyons critiques, soyons citoyens !

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