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Comment démocratiser la démocratie ?

David Van Reybrouck : Contre les Elections ou comment démocratiser la démocratie

 

Le livre Contre les Elections traite des élections en tant que moyen d’expression de la volonté populaire dans une démocratie. L’auteur commence par démontrer que la part de la population mondiale favorable au concept de démocratie n’a jamais été aussi élevée. Paradoxalement, la confiance dans les institutions démocratiques réelles et les partis politique n’a jamais été si basse en Europe. L’abstention aux élections, l’inconstance des électeurs et la baisse des adhésions aux partis politiques en sont trois symptômes. David Van Reybrouck met en avant deux facteurs explicatifs :

·       La tendance à considérer la fonction de parlementaire comme une carrière à part entière, et non un service temporaire.

·       La technocratisation considérable de la prise de décision avec l’application de décisions venues d’institutions internationales non élues telles la BCE, la CE, la BM, le FMI.

Après avoir posé ce constat, l’auteur dresse un bref historique des systèmes démocratiques. Auparavant, la démocratie passait avant tout par le tirage au sort des citoyens dans l’Antiquité et la Renaissance. La participation des citoyens pouvait s’exercer directement (de nos jours, seul le jury d’assises se compose encore de simples citoyens).

Avec les révolutions américaine et française est venue l’idée d’élections pour se choisir des représentants. Néanmoins, celles-ci prenaient place dans un contexte très différent que celui que nous connaissons (pas de partis politiques, pas de loi sur le suffrage universel, pas de mass media commerciaux, pas de réseaux sociaux) et surtout n’étaient pas à l’origine conçue comme un moyen d’expression démocratique de la volonté populaire, le suffrage étant réservés aux hommes pouvant payer le cens. Tocqueville était ainsi particulièrement critique du système représentatif américain :  « (à l’approche de l’élection présidentielle), le président ne gouverne plus dans l’intérêt de l’Etat, mais dans celui de sa réélection »

Ce système, que nous appelons aujourd’hui démocratie représentative, n’est pas selon l’auteur, le plus apte à représenter le peuple : la démocratie élective est demeurée « un gouvernement pour le peuple » plutôt que « par le peuple », ce dernier participant moins à la confection des lois que dans une démocratie par tirage au sort.

 

Le remède, selon l’auteur, consiste dans la démocratie délibérative, c’est-à-dire la démocratie par tirage au sort. Il fait état d’un processus où des citoyens tirés au sort dans tout le pays écouteraient les candidats présenter leurs projets et se concerteraient en petits groupes et avec des experts. Leurs délibérations seraient suivies à la télévision par tous les citoyens qui pourraient ainsi faire des choix plus motivés. Ces dernières années, différents projets ont été menés à bien via ce système, notamment en Irlande et en Islande. Avec le tirage au sort, on obtient un meilleur échantillon de la société au sein du corps législatif.  L’atout d’un système de ce genre est que les citoyens n’auraient pas à se faire élire ou réélire, et pourrait ainsi travailler en fonction de l’intérêt général, et non en vue de gonfler leur popularité pour gagner les élections.

En conclusion, la montée de l’abstentionnisme, la désertion des militants, le mépris envers les politiciens, sont autant de symptômes de la méfiance des citoyens face aux institutions. Le remède à appliquer consiste selon Van Reybrouck à une participation directe des citoyens à l’élaboration des lois.

Pour creuser le sujet : http://www.g1000.org/en/team.php ou le livre Contre les Elections. 

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